Jurassic World II. Devrions-nous sauver les dinosaures?

Jurassic World II. Devrions-nous sauver les dinosaures?

5 juillet 2018 amelallik 0

Qui n’a pas un jour éprouvé de la fascination pour ces créatures d’une autre ère ? Qui n’a pas imaginé ce qu’aurait été notre vie si les dinosaures étaient encore de ce monde ? Des reptiles géants surgissant de nulle part et détruisant tout sur leur passage, des T-Rex dévorant tout ce qui bouge et des ptérosaures chassant les hommes en les soulevant dans les airs vers des destinations inconnues.

 

Ces représentations du chaos sont profondément ancrées dans nos esprits. Elles sont véhiculées par tous les discours et les images qui nous nourrissent au quotidien. Parmi ces derniers, la série cinématographique américaine « Jurassic Park » constitue assurément l’une des sources majeures de la construction de notre imaginaire collectif sur les dinosaures.

 

Dans le dernier film de la série, « Jurassic World : Fallen Kingdom », une question cornélienne et relevant de l’éthique est posée. Les dinosaures risquent une nouvelle extinction si les humains ne font rien pour les sauver de l’éruption volcanique qui menace de détruire leur île, Isla Nublar. Doit-on les sauver ou les laisser disparaître de nouveau et réparer ainsi la folie humaine qui a recréé cette espèce ?

 

L’intrigue est construite autour de trois grands groupes d’acteurs. Le premier est celui des politiciens et des scientifiques reconnus comme experts. Pragmatiques et privilégiant la sécurité de l’humanité, ces décideurs choisissent de laisser les dinosaures à leur sort. Le second groupe représente les défenseurs des droits des animaux. Aidés par l’un des pères de la recréation de cette espèce, des militants et des scientifiques, non reconnus ceux-là, sont profondément convaincus qu’il faut intervenir pour sauver les dinosaures. En décidant de transgresser la loi, ils s’en vont reconstituer une arche de Noé afin de déplacer ces animaux vers un lieu désert et plus sûr pour eux. Ceci sans compter avec les machinations froides et cupides du troisième groupe : scientifiques visionnaires et « fous », braconniers, riches industriels et capitalistes véreux et avides. Ces derniers voient dans les dinosaures une matière, une marchandise précieuse permettant de gagner de l’argent. Hors la loi, et au mépris du danger que la proximité des dinosaures peut représenter, ils ne reculent devant rien pour les récupérer.

 

Ce sont les deux derniers groupes qui s’affrontent tout au long du film, représentant le bien contre le mal, l’altruisme contre la cupidité. Le film est une métaphore de la complexité de notre relation à la nature entre maîtrise et menace, et de la position ambivalente de l’homme, tantôt bourreau tantôt victime.

 

À l’origine de l’histoire donc, la nature maîtrisée. Ses processus sont reproduits à travers l’expérimentation où l’homme en arrive à se substituer à Dieu à travers l’acte de recréation d’une espèce éteinte. Ceci moins par nécessité que par confort, pour la distraction. Fervent adepte du progrès, l’homme ne se pose pas de questions sur les possibles implications de ses actes.

 

Vient ensuite la nature indomptable et dangereuse pour l’homme, la nature qui reprend ses droits. Les dinosaures échappent au contrôle et se transforment en prédateurs, en menace pour la survie de l’humain qui devient victime.

 

On voit aussi dans ce film l’homme héros et responsable des autres espèces. Cette responsabilité est ce qui le pousse à vouloir sauver les dinosaures de deux menaces : la nature déchaînée et l’homme bourreau destructeur de la nature, dépourvu de sensibilité et aveuglé par la soif du pouvoir et de l’argent.

 

La morale de l’histoire n’est pas nouvelle : transgresser les lois de la nature peut se révéler dangereux. Les dinosaures ne sont pas le seul produit de cette transgression. Une petite fille a été façonnée par le même processus. Et c’est elle qui les libère pour leur permettre de vivre plutôt que d’étouffer dans leurs cages. La question du début du film est de nouveau posée : doit-on laisser mourir les dinosaures pour sauver l’humanité, ou les sauver et mettre la vie de l’humanité en danger ? Derrière ce dilemme, la question est d’actualité : les êtres vivants ont-ils la même valeur, le même droit à la vie ? La libération des dinosaures annonce la cohabitation forcée avec l’homme, et l’on imagine déjà le chaos annoncé pour le prochain film.

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